Attention, vous êtes fliqué
Benoît
Tabaka, président de l'Adim
(Association des internautes médiateurs) et juriste, fait
part des préoccupations de l'association sur le développement des sociétés
de surf rémunéré. L'Adim, plus connue pour sa défense des internautes
face aux fournisseurs d'accès indélicats, pense que les utilisateurs
sont mal informés des conséquences sur leur vie privée et leur feuille
d'impôt. L'Adim critique aussi l'utilisation du système pyramidal.
Pourquoi les entreprises de surf rémunéré vous posent problème ?
Ces sociétés nous dérangent pour plusieurs raisons : tout
d'abord, elles obligent les gens qui s'inscrivent à remplir des
questionnaires sur leur vie privée sans que les personnes sachent à quoi
vont servir ces données. Les fichiers collectés sont-ils vendus ? A qui
? On ne le sait pas, ces sociétés ne le disent pas. Deuxième raison,
les internautes ne sont pas informés que les revenus perçus grâce au
surf rémunéré, doivent être déclarés au fisc ! En dessous de 2
000 francs par an, vous pouvez les faire passer dans votre déclaration de
revenus, au-delà il est conseillé de déclarer ses gains au titre des bénéfices
non commerciaux. A partir de 25000 francs, votre statut change, vous devez
monter une société et être déclaré à l'Urssaf...
Le
système pyramidal vous inquiète aussi ?
C'est notre troisième cause de réticence : nous trouvons que ce système
est malsain car il oblige les gens à chercher en permanence de nouveaux
filleuls. Je vois beaucoup de mails arriver qui comportent des liens sur
ces sociétés accompagnés du numéro de code du parrain et qui sont
destinés à vous faire entrer dans la pyramide.... De plus, si on considère
qu'il y a vente - en l'occurrence de données personnelles à des fins
commerciales, alors ce procédé est illégal, le système pyramidal est
interdit dans le droit français mais comme nous sommes dans l'immatériel,
nous nous trouvons actuellement face à un vide juridique...
Vous critiquez aussi les arguments
marketing de ces sociétés...
Certaines
disent aux internautes : "avec nous, vous ne payez plus vos
communications locales". C'est faux : en journée, l'heure est facturée
7 francs par France Telecom alors que vous êtes payé 3 francs pour
surfer. Ces sociétés attirent des novices qui s'imaginent qu'ils vont
payer leur facture téléphonique avec des barres de pub... Le problème
de fond, c'est en fait le coût de l'unité locale...
Vous
reprochez surtout à ces sociétés leur manque de transparence...
Tout
à fait. les gens ne sont pas informés que le système de pistage se
trouve à deux endroits : lorsque que vous répondez au questionnaire
au moment de l'inscription mais aussi au travers des barres de pub. Le
logiciel que vous téléchargez permet de savoir sur quels sites vous
allez, quelles pages vous regardez, pendant combien de temps... Avec
un tel système de ciblage, l'internaute ne voit plus que des bannières
de pub correspondant à ses goûts, ça doit faire peur ! Et
vous n'avez pas forcément envie que l'on sache quels sites vous visitez.
Cela pose un problème évident de protection de la vie privée sur le
Net. Nous pensons que les internautes ne se rendent pas compte de
l'ampleur du phénomène.
L'Adim
a-t-elle reçu des plaintes mettant en cause ces sociétés ?
Oui,
plusieurs personnes se sont adressées à nous parce qu'elles ne
recevaient pas leur chèque. Nous avons alors contacté les différentes
sociétés : nous nous sommes simplement aperçus que les délais de
paiement sont souvent plus longs que prévu... Nous avons eu aussi un
problème avec AllAdvantage quand la société a décidé de changer du
jour au lendemain ses conditions en rémunérant moins les internautes et
en allongeant les délais de paiement. Mais en fait, nous avons
pratiquement aucun problème à signaler...
Quelles
actions comptez-vous mener ?
Nous
avons l'intention de nous pencher sur cette question dans les semaines à
venir car nous nous sommes rendus compte que ce sujet était de plus en
plus présent dans les forums de discussion
(fr.reseaux.internet.fournisseurs et sur le site les
providers.com). Nous allons certainement demander aux sociétés qui
proposent le surf rémunéré de mieux informer les internautes et de
notre côté, nous allons y consacrer un dossier sur notre site. L'Adim va
étendre son domaine de compétence à tous les problèmes qui se posent
sur le Web.